Protéger les écosystèmes marins

Anaxis Asset Management a décidé de s’engager fortement en faveur de la préservation des milieux aquatiques. D’une inégalable richesse, les océans et les écosystèmes qu’ils abritent sont trop souvent négligés par l’être humain. Rappeler leur importance nous apparait donc nécessaire afin d’inciter les investisseurs à prendre en compte la sauvegarde des milieux aquatiques dans leurs choix financiers.

Présentation de la biosphère maritime

Ainsi surnommée en raison d’une abondance d’eau à sa surface, notre « planète bleue » dispose de caractéristiques exceptionnelles. L’eau à l’état liquide est une ressource rare dont la présence ailleurs dans l’univers reste incertaine [1]. Un constat qui distingue notre planète des autres, elle dont la surface est recouverte à plus de 70% par les mers et les océans [2]. Plus éloquentes encore, les données relatives à la biodiversité illustrent l’importance de l’hydrosphère. 50% à 80% des espèces vivantes peupleraient les espaces maritimes [3]. Plaines abyssales, dorsales océaniques, monts sous-marins ou encore fosses océaniques sont autant de milieux susceptibles d’accueillir une faune et une flore singulières. Des études ont prouvé que la fosse des Mariannes, pourtant profonde de 10 971 mètres, serait habitée par des organismes dits « piézophiles », insensibles aux pressions colossales des profondeurs.

L’océan demeure largement inconnu mais les scientifiques sont unanimes : il recèle une biodiversité à la fois florissante et précaire qu’il nous incombe de protéger. Mais les écosystèmes maritimes ne sont pas seulement un terrain d’exploration pour biologistes. D’un point de vue climatique, économique ou même nutritif, l’humanité ne peut se passer des milieux marins.

Diversité et importance des ressources marines

L’océan est un puissant régulateur climatique grâce à la circulation maritime ou « circulation thermohaline ». Engendré par les différences de densité de l’eau de mer, ce flux permet de lisser les écarts de température dus à des différences d’ensoleillement. La biosphère bénéficie ainsi d’une meilleure redistribution de la chaleur des tropiques vers les pôles.

Au-delà de cette redistribution thermique, la contribution des milieux marins à la régulation du climat se fait aussi par leurs interactions avec les autres écosystèmes. En effet, l’océan est un gigantesque extracteur de carbone atmosphérique. Au niveau mondial, près du quart des émissions de CO2 anthropique, c’est-à-dire des émissions liées à l’homme, sont captées par les océans [4]. Fait plus remarquable encore, ces derniers contiennent une concentration de carbone 50 fois plus importante que celle de l’atmosphère. Les échanges ont lieu au niveau de l’interface air-mer ainsi que de la « pompe biologique » [5]. Ce terme traduit le captage du CO2 par des bactéries, dites « cyanobactéries », qui le transforment ensuite en matière organique. Transporté vers les fonds marins par une multitude d’organismes (algues, plancton, bactéries), le CO2 est ainsi éliminé de l’environnement. De cette manière, la pompe biologique limite la concentration atmosphérique du CO2, freine le réchauffement climatique et ralentit l’acidification des océans mondiaux.

Pour autant, s’en remettre aux écosystèmes marins pour résoudre ces problèmes sans participer à leur sauvegarde ne peut être viable à long terme. En effet, les océans ne peuvent pas tout absorber, et ce d’autant moins que l’immense majorité des données scientifiques dont nous disposons attestent d’une augmentation des émissions mondiales de CO2. Selon une étude menée par le Global Carbon Project, une hausse de 2% de ce volume global a été constatée pour la seule année 2018 [6]. Seule une prise de conscience collective permettrait de maintenir l’équilibre menacé de notre environnement.

Outre les enjeux climatiques, difficile de ne pas également évoquer les enjeux économiques dès lors que les ressources maritimes font vivre près de 60 millions de personnes à travers le monde. En particulier, l’industrie de la pêche représenterait un chiffre d’affaires moyen de 362 milliards d’euros.

Selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la consommation mondiale de poisson aurait par ailleurs dépassé 20 kg par habitant en 2016, soit deux fois plus qu’il y a 50 ans [7]. Un chiffre en constante augmentation qui révèle l’importance fondamentale des ressources fournies par les écosystèmes marins du point de vue nutritif. Pour autant, et malgré sa forte dépendance aux milieux marins, l’être humain néglige trop souvent cet environnement au sein duquel il ne vit pas.

Nature des menaces anthropiques

Si les émissions de gaz à effet de serre sont l’exemple le plus souvent évoqué lorsqu’il s’agit de pollution anthropique, elles n’en sont pas le seul reflet. Tristement célèbres, les marées noires sont à la fois des catastrophes écologiques et économiques. A titre d’exemple, près de 150 000 oiseaux ont été mazoutés lorsque le pétrolier Erika a sombré en 1999 [8]. De plus, les frais de nettoyage et les dommages économiques engendrés par ce naufrage sont estimés à 99 milliards d’euros [9]. Plus récemment, en 2010, les Etats-Unis ont vécu un désastre écologique sans précédent avec l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique. Durant près de trois mois, 757 millions de litres de pétrole se sont répandus dans l’océan Atlantique [10]. Les dommages causés sont énormes, même s’il est aujourd’hui encore difficile de chiffrer l’ampleur de cette catastrophe [11].

A Fukushima, depuis l’accident nucléaire du 11 mars 2011, 1,15 million de tonnes d’eau contaminée ont été stockées dans des citernes afin d’y être traitées [12]. Un volume en constante augmentation qui constitue une menace sérieuse pour l’environnement puisque ces eaux pourraient être rejetées dans l’océan Pacifique.

Par ailleurs, la pollution régulière des eaux, trop longtemps ignorée, alarme aujourd’hui de plus en plus les autorités mondiales. Pour la première fois en août 2019, la Banque Mondiale a évoqué l’existence d’une « crise invisible » affectant l’ensemble de l’hydrosphère. Polluées par les nitrates, les métaux lourds et les microplastiques, les eaux des pays pauvres comme celles des pays riches sont de mauvaise qualité. Plusieurs facteurs expliquent cela. Le premier d’entre eux tient à l’insuffisance du traitement des eaux usées dont plus de 80% sont déversées dans l’environnement sans passer par une station d’épuration. En outre, les engrais et les fertilisants utilisés pour l’agriculture se répandent et contaminent depuis des décennies les espaces aquatiques. Les micro-plastiques, détectés dans 80% des milieux aquatiques [13], dégradent encore davantage la qualité des eaux. Avec des conséquences parfois dramatiques. Près de 30% de la population de fulmars a ainsi disparu en Ecosse, avec pour cause directe les microbilles de styrène que ces oiseaux ingèrent [14].

La pollution de la biosphère maritime est un phénomène d’ampleur mondiale et ses conséquences sont parfois spectaculaires. Des cas d’eutrophisation conduisent à la prolifération d’algues sur les côtes du fait du ruissellement des engrais et des nutriments. Des écosystèmes tout entiers sont menacés d’asphyxie. La hausse des températures amplifie cette tendance en stimulant la croissance des végétaux aquatiques [15].

Les activités humaines font bien d’autres ravages, dont certains liés à l’exploitation des ressources sous-marines. Les planchers océaniques regorgent de minerais convoités, tels que le palladium, le cadmium ou les sulfures, notamment utilisés pour produire des téléphones portables. L’exploitation intensive de ces ressources est susceptible de bouleverser, voire de détruire, les écosystèmes au sein desquels elles se trouvent. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) est intervenue en 2018 afin de sensibiliser aux risques liés à une exploitation sauvage des océans. Selon cette ONG, seul un code minier encadrant de manière précise ces activités serait en mesure de freiner une tendance jusqu’ici incontrôlée [16].

Dans le même temps, la surpêche constitue elle aussi une pratique qui remet en cause l’équilibre des écosystèmes maritimes. En 2017, l’ONG World Wildlife Fund (WWF) lançait une nouvelle alerte sur les risques découlant de cette pratique irresponsable touchant 31% des stocks halieutiques mondiaux. Un constat d’autant plus alarmant que cette tendance est rendue difficile à endiguer dès lors que 26 millions de tonnes de poissons sont illégalement péchées chaque année [17].

Ces chiffres, en constante augmentation, traduisent la nécessité d’une prise de conscience mondiale. Le réchauffement climatique, l’acidification des océans, la pollution des eaux, la surexploitation des ressources marines sont autant de conséquences dommageables des activités humaines. Une adaptation de nos pratiques dans le domaine financier doit contribuer à les limiter.


[1] Futura Sciences, « Alerte : de la vapeur d’eau détectée dans l’atmosphère d’une superterre habitable », 12/09/2019, https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/exoplanete-alerte-vapeur-eau-detectee-atmosphere-superterre-habitable-77548/, consulté le 12/09/2019

[2] Notre-planete.info, « Les chiffres-clés de la planète Terre », 02/04/2013, https://www.notre-planete.info/terre/chiffres_cle.php, consulté le 30/08/2019

[3] Pour la science hors-série N°104, « Repères », août 2019, consulté le 30/08/2019

[4] Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, « Les écosystèmes marins et côtiers français », avril 2019, consulté le 30/08/2019

[5] Planet-Vie, « Ecosystèmes marins et climat », 20/10/2017, https://planet-vie.ens.fr/ecosystemes-marins-climat, consulté le 30/08/2019

[6] Global Carbon Budget 2018, « Renewables rising fast but not yet enough to reverse emissions trend », 2018, https://www.globalcarbonproject.org/global/images/carbonbudget/Infographic_Emissions2018.png, consulté le 12/09/2019

[7] Consoglobe, « Pêche et prises mondiales de poissons », août 2019, https://www.planetoscope.com/eau-oceans/199-peche-et-prises-mondiales-de-poissons.html, consulté le 30/08/2019

[8] Notre-planete.info, « Marée noire due au naufrage de l’Erika : Total définitivement condamné, préjudice écologique reconnu », 27/09/2012,  https://www.notre-planete.info/actualites/3476-Erika_Total_prejudice_ecologique, consulté le 12/09/2019

[9] Fonds Internationaux d’indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures, « Rapport annuel de 2004 », 2004, https://iopcfunds.org/wp-content/uploads/2018/12/2004_FRENCH_ANNUAL_REPORT.pdf, consulté le 12/09/2019

[10] Le Point, « Golfe du Mexique : on a retrouvé le pétrole de BP », 05/02/2015, https://www.lepoint.fr/monde/golfe-du-mexique-on-a-retrouve-le-petrole-de-bp-05-02-2015-1902540_24.php, consulté le 16/09/2019

[11] Sciences et Avenir, « Hécatombe de bébés dauphins après Deepwater Horizon », 20/04/2016, https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/animaux-marins/hecatombe-de-bebes-dauphins-apres-deepwater-horizon_103140, consulté le 16/09/2019

[12] Le Monde, « L’eau contaminée, poison durable de Fukushima », 12/09/2019, https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/09/12/l-eau-contaminee-poison-durable-de-fukushima_5509489_3244.html, consulté le 16/09/2019

[13] World Bank, « Quality unknown : the invisible water crisis », 2019, https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/32245/9781464814594.pdf?sequence=3&isAllowed=y, consulté le 12/09/2019

[14] Bruno David, « Seuls quatre hommes ont plongé à plus de 10 000 mètres de profondeur, douze sont allés sur la Lune », Pour la science hors-série N°104, août 2019, consulté le 30/08/2019

[15] CNRS Le Journal, « Quand les écosystèmes saturent », 19/09/2017, https://lejournal.cnrs.fr/articles/quand-les-ecosystemes-saturent, consulté le 30/08/2019

[16] International Union for Conservation of Nature, « Deep seabed mining », 2018, https://portals.iucn.org/library/sites/library/files/documents/2018-029-En.pdf, consulté le 12/09/2019

[17] World Wildlife Fund, « Hard facts », 2017, http://www.consoguidepoisson.fr/hard-facts/, consulté le 12/09/2019